Ces griots qui nous sécurisent….

30 Mai
Ce billet, j’aurai tellement voulu qu’il soit le fruit de mon imagination ! Peine perdue, il est bel et bien réel !  Les évènements qu’il relate sont tellement honteux qu’il m’a fallu trois semaines pour me décider à l’écrire enfin. Il n’y avait pas que la volonté d’être pudique qui a retardé sa sortie mais aussi le respect du principe de la précaution. Je devais retourner sur les terres où se sont déroulés ces faits, et ne sachant si l’acteur principal de ce billet allait me lire et me reconnaître  il fallait que je m’assure que je n’y retournerai plus. C’est fait, je suis retourné à Korhogo la semaine dernière et je n’y retournerai plus. Toutes précautions étant prises, je peux donc librement vous  parler.

         Vous l’avez deviné, ces événements se déroulent à Korhogo, au Nord de la Côte d’Ivoire. Nous sommes le jeudi 09 Mai, il est pratiquement 13 heures et nul besoin de vous décrire le soleil imposant qui luit à cette heure de la journée comme dans tous les septentrions des pays sous les tropiques en pleine saison sèche. Logés dans un hôtel de la place, en compagnie de quelques collègues, un des nôtres attend impatiemment la visite d’un de ses amis fonctionnaires des Nations Unies dans la région.

         Entre deux causeries intéressantes, nous apercevons l’imposant véhicule de la Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire faire son entrée dans la cour de l’hôtel. En bon cadet de la troupe et  respectueux des aînés que je suis, je vais accueillir l’hôte de mon collègue à la descente de son véhicule et profiter pour mettre le colis qu’il venait récupérer dans son véhicule. C’est ainsi que je me rends rapidement dans la chambre de mon collègue chercher la valise en trolley à lui remettre.

         Une fois dans la cour de l’hôtel, je retrouve le fonctionnaire onusien avec un Monsieur d’une quarantaine d’années revêtu d’un treillis mal fichu. Il ne fait pas de doutes que le longiligne et noir monsieur qui est en discussion avec  le visiteur est un membre des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire. Par courtoisie, je me tiens à quelques mètres pour ne pas les interrompre. L’air distrait, je fais l’effort de ne pas prêter attention à leur conversation. Mais ils sont trop proches de moi, je n’ai pas le choix… Et c’est d’ailleurs un monologue. L’homme en treillis parle tout seul.

Crédit photos: carnetsdePolman

         Prêtant attentivement l’oreille, je me rends compte que le militaire s’est depuis trois minutes lancé dans des propos laudateurs à l’endroit du fonctionnaire onusien. J’arrive à saisir des boniments tels « Regardes, tu es un joli garçon, si tu travailles à l’ONUCI aujourd’hui, c’est parce que tu le mérites ! Suis sur qu’après la Côte d’Ivoire même, on va t’envoyer même aux Etats Unis ! Regardes comment cette voiture de service te va à merveille, tu dois être un gar intelligent ».

         Visiblement gêné, Blaise me demande de venir mettre la valise dans la voiture tout en me saluant et en remerciant son psalmiste pour sans doute prendre congés de lui. L’homme en treillis ayant flairé le débarras, s’adresse alors à Blaise en ces termes : « Monsieur choco, il n’y a rien pour moi ? Il est 13h faut que je boive un peu de café ! » Pris au dépourvu, Blaise lui dit qu’il n’a rien ! Notre militaire ne l’entend pas de cette oreille et insiste dans sa requête.   Troublé, Blaise le fonctionnaire international plonge ses mains dans ses deux poches, y ressort quelques bouts de papier et quelques piécettes qui y sont dissimulées. Il remet les quelques radis à l’officier indigent qui refuse de les prendre au prétexte que c’est minable. Je jette un coup d’œil, les trois sous font 250frs CFA. Le donneur veut ranger son argent.  Honteux le flic-mendiant retend la main et Blaise y déverse les trois sous. Et voila le troufion qui s’élance dans un nouveau discours gratifiant « Mon vieux, je sais que tu es serré cette fois et que la prochaine fois sera la bonne. Mais je te dis si tu as n’importe quel problème ici à Korhogo, voila mon numéro ! C’est le Capitaine… »(Qui est fou ?lol) »
Sans gène, le nécessiteux en treillis se tourne vers moi et entame une ribambelle de louanges avec des bagous du genre « Tu es costaud et choco comme un américain…Je suis sur que tu ne vis pas ici … blablabla blablabla» Ayant compris son jeu et ne voulant même pas avoir honte puisque n’ayant aucun radis sur moi, je fais mine de ne pas l’écouter, range la valise dans la voiture et je lui lance enfin « Je suis le bagagiste de l’hôtel ! ». Convaincu que je n’ai pas convaincu, je m’éclipse à grands pas et nous l’abandonnions sous ce soleil plomb.

Une fois à l’abri du soleil et mon cerveau pouvant reprendre ses 33 tours, je ne pus m’empêcher de penser à ces nouveaux types de flics écumant les rues  de Douala, Yaoundé et Abidjan, qui au lieu de vous demander vos pièces d’identité exigent des pièces de monnaie. Des jetons pour une cigarette ou un café, j’en ai déjà laissé à des barrages… Mais des forces de l’ordre concurrençant les forces du désordre musical (Les DJ) en matière d’attalaku* je n’en avais jamais rencontré !

Vous avez dit Forces de l’ordre? Moi, je dis DJ FLIC !
*Attalaku : Expression ivoirienne qui signifie faire les éloges de quelqu’un

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3 Réponses to “Ces griots qui nous sécurisent….”

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  1. La démocratie à l’Africaine | Nà TILà - juin 11, 2013

    […] On lance les concours en sachant déjà qui sera retenu, maugrée Cyriac Gbogou. Le principe fondamental d’égalité est un leurre. Le concept de démocratie est un fil conducteur, une forme dont le fond devient tout son contraire. C’est donc pour cela peut être que Cyriac parle de Démocratie à l’Africaine. Ah Wais, j’ai mis du temps à comprendre. En plus ma personne me l’avais dejà  parlé humm Ces griots nous sécurisent…. […]

  2. La démocratie à l’Africaine | Tchadonline - juin 11, 2013

    […] Ah Wais, j’ai mis du temps à comprendre. En plus ma personne me l’avais dejà  parlé humm Ces griots nous sécurisent…. Allez, Son’a ponda Cyriac ! J’ose croire que vous ne serez pas mes griots hein ? Quoi ? […]

  3. La démocratie à l’Africaine | Nà TILà - juin 17, 2013

    […] On lance les concours en sachant déjà qui sera retenu, maugrée Cyriac Gbogou. Le principe fondamental d’égalité est un leurre. Le concept de démocratie est un fil conducteur, une forme dont le fond devient tout son contraire. C’est donc pour cela peut être que Cyriac parle de Démocratie à l’Africaine. Ah Wais, j’ai mis du temps à comprendre. En plus ma personne me l’avais dejà  parlé humm Ces griots nous sécurisent…. […]

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